Différente….encore et toujours

L’autre jour, je rentrais à pied dans le brouillard, et je passais par le Flon. J’aime beaucoup cet endroit de Lausanne, avec toute la vie palpitante qu’apportent ses nombreux restaurants, terrasses, badaux, discos, bancs publics, cinémas et autres attractions.

J’adore regarder les gens qui mangent ou prennent un café sur les terrasses. Des jeunes couples avec la poussette. Des hommes d’affaires en pleine discussion avec un client. Des collègues qui dînent ensemble. Des potes qui s’adonnent au narguilé. Les badaux rient, se parlent, s’amusent, parfois emmitouflés dans des couvertures sur les terrasses lorsque la bise souffle. C’est joli à voir.

Donc je rentrais à pied, et soudain, je vois au sol des feuilles de chêne. De petites feuilles brunes tombées des jeunes arbres maigres qui ornent la place et entourent actuellement la patinoire. Les feuilles étaient nombreuses, éparpillées ici et là, et elles formaient un beau contraste avec le cadrillage du sol. Cela m’a fasciné. Et pourtant, j’ai continué à avancer.

Feuilles de chêne
Feuilles de chêne

Chaque feuille était différente, disposée différemment, parfois retournée, parfois pas. J’ai passé, mais soudain, j’ai eu envie de faire quelques photos pour justement écrire un article dans mon blog. Sur la différence. Sur MA différence. L’hypersensibilité et le haut potentiel.

J’ai donc rebroussé chemin et ai commencé à étudier les feuilles au sol. Une première pensée a traversé mon esprit : je me baladais tête baissée juste devant la terrasse bondée du Tao, et je me suis dite “Que vont penser les client.e.s assis.e.s là, me voir ainsi arpenter le devant de leur scène?”. J’ai pris mon courage à deux mains et j’ai décidé de faire ce truc différent, c’est-à-dire regarder les feuilles par terre et de les photographier. Il n’y a pas beaucoup de gens qui font cela, ou en tout cas, je n’en vois pas souvent. Bon, ça donnera de quoi réfléchir aux client.e.s affamé.e.s! Dans mon hypersensibilité, j’étais tiraillée entre cette envie de contempler la beauté éphémère et le ‘qu’en-dira-t-on’.

Bizarrement, les convives sur les terrasses n’ont pas bronché. Regard au sol, je me baladais tranquillement, faisant des photos de ‘trucs’ par terre. Par contre, une dame m’a dépassée en se retournant plusieurs fois. Puis elle m’a lancé d’un air étonné : “Vous regardez les feuilles?”. Et je lui ai répondu: “Oui, elles sont belles, toutes différentes.” La dame a fait une sorte de grimace d’incompréhension et a tout simplement continué son chemin. Je l’ai ressenti comme une gifle.

Mais pour ma part, j’ai continué à admirer les belles feuilles d’automne, malgré leur couleur brune quelque peu tristounette. Je me suis sentie vivante, remplie de joie, élevée par la vue banale et pourtant exceptionnelle qui se présentait à moi. Et je me suis réjouie de ma capacité de voir la beauté du monde qui m’entoure, même dans les plus petits détails.

Une pensée m’a alors frappée – c’est la différence qui rend la vie intéressante. Si nous étions toutes et tous pareil.le.s, ce serait très ennuyeux. La différence n’est cependant pas beaucoup encouragée dans le monde aujourd’hui, sur tous les plans, notamment professionnel. Nous devons entrer dans un moule, être le plus performant possible, porter le masque qui nous rend acceptable aux yeux des autres et surtout ne jamais montrer de faille. En somme, on nous demande de devenir des robots impersonnels qui n’ont ni émotions, ni états d’âme ou différence. Et notre réel ‘moi’ est caché, opprimé et piétiné. Par nous-même en premier, et ensuite par les autres qui ne tolèrent pas la différence.

Et pourtant, c’est par la différence que l’innovation passe et que le monde peut changer. Depuis quelques années maintenant, j’ai décidé d’accepter et de manifester ma différence, c’est-à-dire mon haut potentiel et mon hypersensibilité, et je peux vous dire que cela n’a pas été très apprécié par les personnes qui m’entouraient. Ils n’ont rien compris, et leur réactions ont été plutôt du rejet et de l’incompréhension. C’est depuis ce moment que j’ai pu reconnaitre les personnes qui m’apportent réellement quelque chose, les personnes qui m’acceptent telle que je suis. Les autres, celles qui m’obligent à me conformer et à vivre dans le conventionnel, je ne les côtoie plus. Cela laisse une immense place et beaucoup de temps pour me consacrer aux contacts qui me nourissent réellement. Ces contacts, ce sont des personnes avec qui il y a un réel échange, un partage précieux et un flux continu de bienveillance, d’acceptation et de respect.

Et vous, que faites-vous de votre différence, de votre hypersensibilité ou de votre surdouance? Vous la cachez, maudissez les autres qui ne la voient pas et souffrez en silence? Ou vous l’affichez fièrement, avec quelques explications bienvenues?

 

 

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